Un très grand amour – Franz-Olivier Giesbert

Perplexe…

Ce livre m’a laissé un peu perplexe, je dois le reconnaître – cet homme ultra-médiatique par ailleurs, directeur du Point et animateur d’émissions de télévision, qui propose de s’avancer nu et « en toute vérité », s’auto flagellant sans répit – certes il le fait bien et le style est précis, imagé et sobre, relativement élégant – : son inconstance auprès des femmes, sa lâcheté même, toujours volontairement renforcée par le fait que les femmes d’en face sont sans cesse dépeintes comme pleines de vertu, de compréhension et tout simplement d’amour envers celui qui se dépeint juste comme un pur salaud.  Mais pourquoi ? Intox ?

Le personnage

Un salaud, un peu caricatural cet Antoine Bradsock, alias FOG – le narrateur. Soixante ans, bel homme, il rencontre Isabella, une blonde italienne – et s’ensuit un combat contre un cancer de la prostate, puis l’étiolement de ce « très grand amour » dans un mélange grinçant de gravité et de légèreté, d’impudeur et de sincérité – ça sent la pirouette. La pirouette de l’homme brillant, à défaut d’être véritablement sincère.

C’est Djamila – une des dernières femmes – qui résume au mieux le personnage du narrateur que FOG veut nous faire avaler:

 – Ecoute-toi un peu (…). Tu geins, tu pleurniches, tu fais ton crucifié, mais qu’a-t’elle fait ta dernière femme (son très grand amour)?  Elle t’a traité comme tu as traité toutes tes ex, sans ménagement, elle s est comportée comme un homme…

– Mais elle n’avait pas le droit. J ai un cancer, Djamila.

– Et alors ? Un sauteur comme toi, je suis sûre qu’il a semé des cancers partout derrière lui. Tu es très mal placé pour faire la morale. (..) J’ai mis du temps à te percer à jour, Antoine : tu n’es qu’un prédateur. (…) Comme tant d’hommes hélas, tu n’es toujours pas sorti du stade paléolithique : tu continues à vivre de chasse et de cueillette. De femmes s’entend. Je ne serai plus jamais ta proie ».

Alors pourquoi ? S’agit-il d’une tentative de se racheter en se dépeignant faible, vil et impuissant – la métaphore est poussée jusqu’ au plus intime de sa santé, le narrateur n’hésitant pas à étaler son cancer de la prostate, les difficultés sexuelles qui s’ensuivent, son incontinence… – Ou de fausse modestie ? Se présenter sous son jour le pire – ce qu’un homme peut se souhaiter le moins – pour s’auto-rassurer et se trouver finalement pas si mal?  Est ce alors l’objet de cet Avertissement – de prévenir le lecteur contre toute mise en abyme qu’il voudrait opérer – en l’en empêchant, purement et simplement ?

AVERTISSEMENT

Ceci est un roman et il ne faut pas le lire autrement. Tous les personnages de ce livre sont purement imaginaires, sauf l’amour, le cancer et moi-même.  

 J’ai fini par opter simplement pour le joli prétexte littéraire – et le tour est effectivement brillant, l’écriture et cette histoire d’amour justifiant tout le reste – pour boucler la boucle, et donner raison à sa mère qui sur son lit de mort l’aurait mis en garde :

« Sur son lit de souffrances, quelques semaines avant de mourir, maman m’avait mis en garde : « Qu’est-ce que c’est bête, un homme.

 – Je ne comprends pas.

– C’est bête, égoïste et pas fiable. Antoine, promets-moi de ne jamais te comporter comme un homme. »

Je me souviens que j’avais hoché la tête. Encore une promesse que je n’ai pas tenue. Je suis toujours resté à l’affût. Même quand j’étais heureux en ménage, ce qui fut souvent le cas, je continuais à rechercher le très grand amour, celui qui, selon Spinoza, constitue un « accroissement de nous-mêmes ». C’est exactement la sensation que j’éprouvais en observant la jeune fille aux cheveux d’or. Je m’accroissais. Je m’élevais aussi. »

On aura bien essayé – nous, lecteur bienveillant et enclin à vouloir à tout prix récupérer ce pauvre type tout au long du roman – d’attendre un retournement, quelque chose qui nous sorte de ces miasmes un brin complaisants et narcissiques – mais FOG nous sert lui-même la pirouette sur un plateau à la fin du roman, annonçant déjà le titre de son prochain « L’amour vrai », rencontré dans un train pour Paris. La boucle est en effet bouclée. Et la pirouette était jolie.

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